Copropriété : charges et obligations du bailleur 2026
Posséder un appartement destiné à la location au sein d’une copropriété, c’est accepter de vivre sous deux régimes juridiques en même temps. D’un côté, le droit du bail encadre la relation avec le locataire. De l’autre, la loi du 10 juillet 1965 régit la vie de l’immeuble tout entier : charges, assemblées générales, travaux, fonds de réserve. Beaucoup de propriétaires bailleurs découvrent trop tard que ces deux mondes s’articulent mal — au moment de refacturer une charge non récupérable, ou de recevoir un appel de fonds pour un ravalement voté en leur absence. Ce guide fait le point sur ce qu’un propriétaire bailleur en copropriété doit vraiment savoir en 2026 : quelles charges reporter sur le locataire, comment les déduire fiscalement, et quelles nouvelles obligations collectives — plan pluriannuel de travaux, DPE collectif — viennent bouleverser la donne.
Charges de copropriété : ce qui est récupérable sur le locataire, et ce qui ne l’est pas
Le principe est simple à énoncer, plus subtil à appliquer : seules les charges figurant sur une liste limitative, fixée par le décret n°87-713 du 26 août 1987, peuvent être refacturées au locataire. Tout ce qui n’y figure pas reste définitivement à la charge du propriétaire, même si le syndic l’a inclus dans l’appel de fonds trimestriel.
En pratique, sont récupérables : l’eau froide et l’eau chaude collective, le chauffage collectif, l’entretien courant des parties communes (nettoyage, électricité des communs, ampoules), la consommation et l’entretien courant de l’ascenseur, l’entretien des espaces verts, la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) et l’entretien des équipements collectifs comme l’interphone ou l’antenne collective. Ce sont, pour l’essentiel, les dépenses liées à l’usage quotidien de l’immeuble.
Ne le sont pas : les honoraires du syndic, les grosses réparations (toiture, ravalement, remplacement de chaudière collective ou d’ascenseur), les travaux d’amélioration, l’assurance de l’immeuble, la taxe foncière au-delà de la TEOM, et — point souvent ignoré — le fonds de travaux obligatoire. Ce que beaucoup de bailleurs découvrent avec surprise, c’est que le décompte du syndic ne fait pas automatiquement le tri : c’est à eux de vérifier ligne par ligne ce qui peut basculer dans les charges locatives.
La régularisation s’opère chaque année, sur la base des dépenses réellement engagées par le syndicat des copropriétaires. Attention toutefois : la provision mensuelle versée au locataire n’est qu’une avance. Le solde — positif ou négatif — se règle lors de la régularisation annuelle, et le locataire dispose d’un délai de six mois pour consulter les pièces justificatives, conformément à l’article 23 de la loi du 6 juillet 1989.
Prenons un exemple concret. Un bailleur loue un T3 avec une provision pour charges de 90 € par mois, soit 1 080 € sur l’année. Le décompte du syndic fait apparaître 1 250 € de charges au total pour le lot, dont 940 € relèvent de postes récupérables (eau, chauffage collectif, entretien) et 310 € de postes non récupérables (honoraires syndic, ravalement en cours). Le bailleur ne peut réclamer que la différence entre les 940 € récupérables et les 1 080 € déjà provisionnés — ici, un trop-perçu de 140 € à restituer au locataire. Les 310 € restants demeurent intégralement à sa charge.
Pour une liste exhaustive poste par poste, consultez notre guide complet des charges récupérables 2026.
Le fonds travaux ALUR : une réserve qui reste entièrement à votre charge
Depuis la loi ALUR de 2014, chaque copropriété doit constituer un fonds de travaux destiné à financer les gros entretiens et les travaux futurs de l’immeuble. La cotisation minimale est fixée à 5 % du budget prévisionnel annuel, votée en assemblée générale et répartie au prorata des tantièmes de chaque lot. La règle s’est durcie : depuis le 1er janvier 2023, l’ancienne dispense dont bénéficiaient les copropriétés de moins de dix lots a été supprimée. Concrètement, la quasi-totalité des immeubles en copropriété y sont désormais soumis, dès lors qu’ils comptent au moins un logement.
Pour le propriétaire bailleur, deux points méritent d’être retenus. D’abord, cette cotisation n’est en aucun cas récupérable sur le locataire : elle finance une réserve patrimoniale attachée au lot, pas une dépense d’usage. Ensuite, sur le plan fiscal, les sommes versées au fonds de travaux ne sont pas déductibles des revenus fonciers au moment de leur versement — l’administration fiscale considère qu’il s’agit d’une épargne, pas d’une charge. Ce sont les travaux eux-mêmes, une fois réellement financés et payés par le syndic à l’entreprise, qui deviennent déductibles, l’année de leur paiement effectif. La règle est simple, mais elle piège chaque année des bailleurs pressés de déduire une cotisation qu’ils ont pourtant bel et bien décaissée.
Fiscalité : comment déduire correctement vos charges de copropriété
Tout dépend du régime d’imposition choisi. En micro-foncier, l’abattement forfaitaire de 30 % est censé couvrir l’ensemble des charges, copropriété comprise : aucune déduction réelle n’est possible, même si les charges effectives dépassent ce forfait. Au régime réel, en revanche, les provisions pour charges de copropriété versées au syndic sont déductibles l’année même de leur paiement, à l’exception des charges finalement récupérables sur le locataire.
Ce mécanisme suppose une régularisation l’année suivante : lorsque le décompte définitif du syndic est connu, le bailleur doit réintégrer, en case 230 de sa déclaration de revenus fonciers, la part de charges qui s’avère non déductible — notamment celle récupérée ou récupérable auprès du locataire. Sont déductibles sans ambiguïté les honoraires de syndic, la prime d’assurance de l’immeuble (part copropriété), les frais d’entretien des parties communes, et — on l’a vu — les travaux financés par le fonds ALUR au moment de leur paiement effectif. Ce que beaucoup ignorent, c’est que cette mécanique de régularisation en année N+1 est justement le point le plus souvent redressé lors d’un contrôle : mieux vaut conserver précieusement l’appel de régularisation annuel du syndic, qui sert de pièce justificative.
Pour approfondir le choix entre les deux régimes, lisez notre article micro-foncier ou régime réel : que choisir en 2026 ?
Les nouvelles obligations collectives qui pèsent sur votre copropriété en 2026
Le DPE collectif devient la norme pour tous
La loi Climat et Résilience du 22 août 2021 a imposé un DPE à l’échelle de l’immeuble, en plus du DPE individuel de chaque lot loué. Son entrée en vigueur a été progressive : au 1er janvier 2024 pour les copropriétés de plus de 200 lots, au 1er janvier 2025 pour celles de 50 à 200 lots, et depuis le 1er janvier 2026, l’obligation s’étend à toutes les copropriétés, y compris celles de moins de 50 lots dont le permis de construire a été déposé avant le 1er janvier 2013. Autrement dit, si votre immeuble n’a jamais fait réaliser ce diagnostic collectif, l’obligation vous concerne très probablement désormais. Le DPE collectif, dont le coût varie généralement entre 1 000 et 4 000 € selon la taille de l’immeuble, est financé par l’ensemble des copropriétaires — et donc, pour vous, par une charge non récupérable sur le locataire.
Le plan pluriannuel de travaux (PPPT), obligatoire depuis 2025
Autre échéance issue de la même loi : depuis le 1er janvier 2025, toutes les copropriétés à usage d’habitation, total ou partiel, de plus de quinze ans sont tenues d’élaborer un projet de plan pluriannuel de travaux (PPPT), sauf si un diagnostic technique global (DTG) de moins de dix ans conclut à l’absence de besoin de travaux sur la décennie à venir. Ce plan recense et priorise les travaux nécessaires sur dix ans — toiture, façades, réseaux, performance énergétique — et s’appuie, quand ils existent, sur les résultats du DPE collectif et du DTG.
Pour un propriétaire bailleur, l’enjeu dépasse la simple conformité réglementaire. Le PPPT, une fois voté, engage la copropriété sur un calendrier de travaux et donc de dépenses à venir — dépenses qui viendront alimenter le fonds ALUR ou faire l’objet d’appels de fonds spécifiques. Anticiper ces charges futures dans son plan de trésorerie locative devient donc un réflexe de gestion, au même titre que le suivi du loyer ou de la vacance.
Sur le volet énergétique, notre article DPE location 2026 : ce que tout propriétaire bailleur doit savoir détaille vos obligations à l’échelle du lot.
Assemblées générales : ce qu’un bailleur doit surveiller de près
Trop de propriétaires bailleurs délèguent leur pouvoir en assemblée générale sans en mesurer les conséquences financières, ou pire, n’y assistent tout simplement pas. C’est une erreur : les décisions prises en AG déterminent directement le niveau de vos charges, récupérables ou non, pour les années à venir. Trois régimes de majorité coexistent. L’article 24 — majorité simple des voix exprimées — suffit pour les travaux d’entretien courant. L’article 25 — majorité absolue de tous les copropriétaires, présents ou non — s’applique aux travaux d’amélioration, comme la pose d’un digicode ou la rénovation énergétique. L’article 26 — double majorité des membres représentant au moins deux tiers des voix — concerne les décisions les plus lourdes, telles que les transformations ou surélévations de bâtiment.
En pratique, un ravalement de façade voté à la majorité de l’article 25 peut représenter, pour un lot de taille moyenne, un appel de fonds de plusieurs milliers d’euros étalé sur deux ou trois exercices. Se faire représenter par pouvoir sans lire l’ordre du jour, c’est prendre le risque de découvrir cette charge a posteriori, sans avoir pu peser sur son montant ou son calendrier. La règle est simple : lisez systématiquement les résolutions budgétaires avant de donner procuration, et n’hésitez pas à solliciter le conseil syndical pour comprendre l’impact réel d’un vote sur votre trésorerie.
Informer le locataire pendant les travaux de copropriété
Lorsque des travaux votés en AG affectent l’immeuble — ravalement, réfection de toiture, remplacement d’ascenseur — le propriétaire bailleur reste l’interlocuteur de son locataire, même s’il n’est pas maître d’ouvrage. Il est tenu de l’informer des travaux susceptibles de perturber la jouissance du logement (nuisances sonores, échafaudages, coupures ponctuelles d’eau ou d’électricité) et de permettre l’accès des entreprises aux parties communes, voire au logement si les travaux l’exigent. En pratique, aucune réduction de loyer n’est due au locataire pour la simple gêne occasionnée par un chantier de copropriété, sauf si les travaux rendent le logement impropre à l’habitation ou non conforme aux critères de décence — une hypothèse rare mais qui, en cas de contentieux, peut être invoquée par le locataire devant le tribunal judiciaire.
À retenir
- Seules les charges listées par le décret n°87-713 sont récupérables sur le locataire ; tout le reste — syndic, grosses réparations, fonds travaux — reste à votre charge.
- Le fonds travaux ALUR (5 % minimum du budget) n’est ni récupérable sur le locataire, ni déductible fiscalement au moment de son versement : seuls les travaux effectivement payés le sont.
- Au régime réel, les provisions pour charges sont déductibles l’année de leur paiement, sous réserve d’une régularisation en case 230 l’année suivante.
- Depuis 2025-2026, DPE collectif et plan pluriannuel de travaux (PPPT) deviennent obligatoires pour la quasi-totalité des copropriétés, avec un impact direct sur vos charges futures.
- Participez activement aux assemblées générales : les majorités des articles 24, 25 et 26 déterminent des dépenses qui pèseront directement sur votre rentabilité locative.
Gérer un bien en copropriété, c’est donc composer avec un troisième acteur invisible dans la relation locative : le syndicat des copropriétaires. Une vigilance de tous les instants sur les charges, la fiscalité et les votes en assemblée générale permet d’éviter les mauvaises surprises et de préserver la rentabilité de votre investissement. N’hésitez pas à consulter régulièrement les comptes-rendus d’AG et à échanger avec le conseil syndical : c’est souvent là que se joue, bien avant l’appel de fonds, la maîtrise de vos charges de demain.